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Torymus sinensis : pourquoi cette micro-guêpe chinoise ne s'élève pas, et comment l'INRAE l'obtient quand même
Depuis 2011, Torymus sinensis combat le cynips du châtaignier en France. Impossible à élever, elle se récolte : 300 000 galles ont été stockées.

Si vous achetez des châtaignes ou du miel de châtaignier, vous profitez peut-être du travail d'une guêpe de moins de 3 mm. Torymus sinensis protège les vergers français depuis 2011, mais personne ne sait la reproduire en laboratoire. Les chercheurs ont dû trouver une autre méthode.
En bref
- Torymus sinensis, parasitoïde venu de Chine, lutte contre le cynips du châtaignier dans les vergers français depuis 2011.
- Faute d'élevage possible, l'INRAE a stocké 300 000 galles à Sophia Antipolis en 2013 pour récupérer les adultes qui en sortent.
- Les lâchers sont passés d'environ 900 insectes en 2011 à environ 70 000 en 2014, avec un effet visible en 6 à 8 ans.
Le chiffre clé : 300 000, galles de cynips mises en réserve à Sophia Antipolis en 2013 pour obtenir les guêpes.
Une guêpe qui ne se fabrique pas, elle se récolte
Torymus sinensis est un parasitoïde : sa larve se nourrit aux dépens d'un autre insecte. Originaire de Chine, il est utilisé en France depuis 2011 contre un ravageur des châtaigniers. Reproduire cette espèce en laboratoire, personne n'y est parvenu.
Les chercheurs de l'INRAE ont donc contourné le problème. Ils ont rassemblé des galles, ces boursouflures provoquées par le ravageur sur les bourgeons, et ils ont patienté jusqu'à la sortie des adultes. En 2013, 300 000 galles ont ainsi été entreposées à Sophia Antipolis.
Un point de vocabulaire reste flou. Une FREDON régionale parle de Torymus « élevés par nos soins », selon un protocole de l'INRA. Il s'agit sans doute de la même récolte de galles, et non d'une reproduction continue en laboratoire, mais la source ne le précise pas.
Le cynips du châtaignier, un ravageur de moins de 3 millimètres
La cible de cette guêpe est le cynips du châtaignier, Dryocosmus kuriphilus. Cet insecte noir et brillant, lui aussi venu de Chine, a d'abord gagné l'Italie en 2002. Il a été repéré en France en 2007, dans les Alpes-Maritimes, probablement via du matériel contaminé. En 2010, il atteignait l'Ardèche, qui assure environ 44 % de la production nationale.
Il n'existe que des femelles, qui se reproduisent sans mâle. Chacune peut pondre jusqu'à 100 œufs dans les bourgeons, lesquels se transforment en galles allant jusqu'à 25 mm. Pendant le premier hiver, les arbres ne montrent aucun symptôme : l'infestation passe inaperçue et se propage. Un adulte peut voyager sur 25 km.
Les dégâts sont lourds : le rendement des vergers recule de 60 à 80 %, et les arbres très touchés peuvent mourir.
En Corse, la récolte a perdu 76 % en deux ans
La Corse montre l'ampleur du choc. Le miel de châtaignier, qui représente environ 22 % du miel français, est lui aussi concerné.
| Indicateur | Avant | Après |
|---|---|---|
| Production de châtaignes en Corse | 637 tonnes (2012) | 150 tonnes (2014) |
| Farine de châtaigne AOP corse | 110 tonnes (2010) | 16 tonnes (2018) |
La farine a donc perdu environ 85 % de son volume entre ces deux dates.
Les solutions classiques ne convenaient guère. Les traitements chimiques s'adaptent mal aux pentes de montagne et aux exigences environnementales, et la lutte mécanique ne vaut que pour de petits foyers. Seule variété résistante citée : la Bouche de Bétizac, créée par l'Inra en 1962.
De 900 à 70 000 guêpes lâchées en quatre ans
Torymus sinensis a été découvert en Chine en 1975 par des chercheurs japonais. Testé au Japon à la fin des années 1970, il pond dans les galles, où ses larves dévorent celles du cynips.
Le déploiement français a été rapide, comme le montre ce calendrier.
| Année | Lâchers | Insectes relâchés |
|---|---|---|
| 2011 | 8 | environ 900 |
| 2012 | 17 | environ 2 250 |
| 2013 | 23 | environ 8 750 |
| 2014 | environ 700 | environ 70 000 |
Un lâcher type correspond à un tube contenant 50 femelles et 25 mâles, ouvert à la mi-avril. Les effectifs ont été multipliés par près de 80 entre 2011 et 2014. Un comité de pilotage réunissait l'INRAE et les acteurs concernés. Les scientifiques ont testé la méthode de 2011 à 2015, avant de l'étendre aux zones de culture.
Un succès réel, mais une reprise inégale selon les régions
Le parasitoïde a été retrouvé partout où il a été lâché. Son effet sur le cynips se mesure en 6 à 8 ans, et l'INRAE parle de « succès complet ». Le contrôle a été plus rapide que dans d'autres pays.
En 2017, les premiers sites du Sud-Ouest retrouvent leur niveau d'avant l'invasion. Dans le Sud-Est et en Corse, la production repart plus lentement : la Corse est passée de 150 tonnes en 2014 à 209 tonnes en 2016, loin des 637 tonnes de 2012.
La récolte s'étend de fin septembre à mi-décembre. La France produit environ 9 000 tonnes par an (2019-2023, Agreste) sur 8 600 hectares. L'unité Sophia Agrobiotech de l'INRAE prévoit de nouveaux suivis, plus de dix ans après les premiers lâchers, pour vérifier que la régulation tient dans la durée.
Vos questions
Pourquoi ne peut-on pas élever Torymus sinensis en laboratoire ?
Les sources indiquent simplement que personne n'a réussi à l'élever. Les chercheurs récupèrent donc les adultes en stockant des galles de cynips et en attendant leur sortie.
Combien de temps faut-il pour que la guêpe freine le cynips ?
L'effet sur le cynips se fait sentir en 6 à 8 ans. Dès 2017, les premiers sites du Sud-Ouest avaient retrouvé leur niveau de production d'avant l'invasion.
La production de châtaignes est-elle revenue à la normale ?
Pas partout. En Corse, elle est remontée à 209 tonnes en 2016, contre 637 tonnes en 2012. Dans le Sud-Est, elle repart sans avoir retrouvé son niveau d'avant la crise.
Sources : sciencepost.fr.
























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