Guide Solupest
500 abeilles pour un frelon : la boule de chaleur à 47 °C que l'abeille européenne ne sait pas fabriquer
Face au frelon asiatique, 500 abeilles asiatiques forment une boule qui monte à 47 °C. L'abeille européenne n'a pas ce réflexe.

On croit l'abeille condamnée à piquer une fois, puis à mourir, face au frelon. Chez l'abeille asiatique, environ 500 ouvrières emprisonnent l'intrus dans une boule dont la chaleur monte jusqu'à 47 °C. Ce réflexe manque à l'abeille européenne, celle de nos ruchers français, où le frelon progresse chaque année.
En bref
- Environ 500 abeilles asiatiques encerclent le frelon en une boule compacte, le heat balling, plutôt que de piquer.
- Leurs muscles de vol portent la boule à 45 à 47 °C, alors que le frelon meurt vers 44 à 46 °C.
- L'abeille européenne n'a pas ce réflexe, alors que le frelon progresse d'environ 78 kilomètres par an en France.
Le chiffre clé : 47 °C, température maximale atteinte au cœur de la boule d'abeilles qui tue le frelon.
Une boule de 500 abeilles se referme sur le frelon en quelques secondes
Un frelon asiatique peut faucher jusqu'à 40 abeilles à la minute. Face à un tel prédateur, on imagine une ruche réduite à une défense désespérée : des ouvrières isolées qui piquent et meurent. Dans une colonie qui a appris à reconnaître l'intrus, la scène est pourtant très différente.
Tout commence à l'entrée. Dès que le frelon franchit le seuil, l'alerte circule et les ouvrières convergent vers lui sans hésiter. Elles ne sont pas une poignée : environ 500 abeilles se pressent autour de l'intrus jusqu'à former une masse compacte qui l'enveloppe de toutes parts.
Cette technique s'appelle le heat balling, la « boule de chaleur ». Elle est le fruit de milliers d'années de coévolution, en Asie de l'Est, entre l'abeille Apis cerana et le frelon Vespa velutina.
Le but n'est pas de transpercer le frelon : sa cuirasse résiste très bien aux dards, même si certaines abeilles tentent de le piquer. Il s'agit de l'enfermer. Une fois la boule refermée, l'intrus est immobilisé, comprimé au centre. Pas de bataille rangée, pas de choc frontal.
À 45 ou 47 °C, la ruche dépasse de peu ce que le frelon peut encaisser
Une fois le frelon prisonnier, les abeilles font vibrer intensément leurs muscles de vol, sans déployer leurs ailes. Ce travail musculaire produit de la chaleur, qui s'accumule au cœur de la boule jusqu'à atteindre 45 à 47 °C.
L'écart avec le frelon est mince, mais décisif. Sa limite létale se situe autour de 44 à 46 °C. Les abeilles, elles, supportent jusqu'à 50 °C, voire un peu plus selon certaines observations. Quelques degrés séparent donc la survie de la mort : au centre, le frelon n'a aucune échappatoire thermique, tandis que les ouvrières qui l'entourent restent dans une zone de confort relatif.
| Repère | Valeur |
|---|---|
| Abeilles dans la boule | environ 500 |
| Température au cœur de la boule | 45 à 47 °C |
| Limite létale du frelon | 44 à 46 °C |
| Tolérance des abeilles | jusqu'à 50 °C, parfois un peu plus |
| Durée de l'opération | une dizaine de minutes à plusieurs heures |
L'opération peut ne durer qu'une dizaine de minutes ou s'étirer sur plusieurs heures, le temps que la chaleur fasse son œuvre.
Écrasé et surchauffé, le frelon perd toutes ses armes
Les mandibules du frelon sont redoutables en plein vol ou en attaque frontale. Contre une masse d'abeilles qui l'enserre de partout, elles ne servent plus à rien.
Certaines observations indiquent même que les ouvrières en contact direct avec son corps appuient sur son abdomen. Sa respiration est gênée, ses échanges gazeux limités. Le frelon subit alors une double contrainte : une chaleur qui grimpe sans relâche et une compression qui l'étouffe.
C'est ce cumul qui rend la méthode si efficace. Elle ne repose pas sur un seul facteur fragile, mais sur plusieurs contraintes simultanées qui ne laissent presque aucune chance à l'intrus.
Autre particularité : aucune abeille ne décide seule d'agir ainsi. C'est un signal collectif qui déclenche une réponse coordonnée, à une échelle qu'aucun individu n'atteindrait de son côté.
Nos abeilles européennes n'ont pas ce réflexe, et le frelon avance de 78 km par an
Cette défense est propre à l'abeille asiatique. L'abeille européenne, Apis mellifera, très présente dans nos campagnes, ne l'a pas développée : son histoire évolutive avec le frelon asiatique est beaucoup plus récente. Le Muséum national d'Histoire naturelle confirme que ce comportement thermique existe chez les abeilles asiatiques, mais reste absent des colonies européennes.
Le frelon, lui, est bien installé. Il est arrivé en France avant 2004, probablement caché dans un conteneur de poteries importées de Chine, débarqué dans le Lot-et-Garonne ou à Bordeaux. Voici ce que son avancée représente pour les ruchers :
- il progresse sur le territoire d'environ 78 kilomètres par an ;
- une seule colonie de frelons peut décimer jusqu'à 200 000 abeilles, l'équivalent d'environ trois ruches entières ;
- à l'automne, les colonies atteignent leur pic d'activité avant l'hiver, et la pression sur les ruchers est particulièrement marquée.
Les chercheurs s'en inspirent pour des solutions sans produit chimique
Ce réflexe défensif intéresse des chercheurs. Ils s'en servent comme source d'inspiration pour concevoir des solutions non chimiques contre le frelon asiatique : l'idée est de s'appuyer sur un mécanisme physique éprouvé par l'évolution plutôt que sur la chimie.
Pour vous, la leçon est double. L'image de l'abeille désarmée face au frelon ne vaut pas pour l'espèce asiatique, qui sait le piéger en quelques secondes. Mais les abeilles de nos ruchers français, elles, ne disposent pas de cette parade, ce qui explique que l'avancée du frelon reste suivie de près, surtout en automne.
Vos questions
Les abeilles de France peuvent-elles cuire un frelon asiatique ?
Non. L'abeille européenne, Apis mellifera, n'a pas développé le heat balling, car son histoire évolutive avec le frelon asiatique est beaucoup plus récente. Le Muséum national d'Histoire naturelle confirme que ce comportement existe chez les abeilles asiatiques et pas chez les colonies européennes.
Pourquoi la chaleur tue-t-elle le frelon et pas les abeilles ?
La boule monte à 45 à 47 °C, ce qui correspond à la limite létale du frelon, autour de 44 à 46 °C. Les abeilles supportent jusqu'à 50 °C, voire un peu plus. Cet écart de quelques degrés suffit à les protéger tout en achevant l'intrus.
Depuis quand le frelon asiatique est-il en France, et à quelle vitesse avance-t-il ?
Il est arrivé avant 2004, probablement dans un conteneur de poteries importées de Chine, débarqué dans le Lot-et-Garonne ou à Bordeaux. Depuis, il progresse d'environ 78 kilomètres par an. Une seule colonie peut décimer jusqu'à 200 000 abeilles, soit l'équivalent d'environ trois ruches.
Sources : sciencepost.fr.























Aucun commentaire publié pour le moment. Soyez la première personne à réagir.